Covid-19 : Vers une reprise partielle et encadrée de l’activité aux Chantiers de l’Atlantique

Publié le 23/04/2020

Après un accord majoritaire trouvé sur l’activité partielle, l’entreprise souhaite relancer une partie de la production dès le 27 avril. Un plan de reprise d’activité vient d’être présenté pour avis au comité social et économique. Décryptage.

Intense semaine aux Chantiers de Saint-Nazaire. Peu après le discours du chef de l’État, le comité social et économique (CSE) était réuni en vue d’évoquer les perspectives de reprise de l’activité de production sur le site. Le 11 mai ayant été annoncé comme date de début de levée du confinement, la direction vise une reprise globale de l’activité dès cette date mais envisage un redémarrage partiel des activités de production (dans les ateliers et à bord des navires de construction) à partir du 27 avril. Un peu moins de la moitié des 3 300 salariés directs des chantiers sont concernés, estime la CFDT.

Un plan de reprise d’activité

     


La Commission européenne suspend sa décision

La crise du Covid-19 pourrait rebattre les cartes de la situation avec l’Italie. La Commission européenne, qui devait annoncer le 17 avril au plus tard sa décision relative au rachat du chantier naval par l’italien Fincantieri, a décidé au début avril de suspendre tous ses dossiers en cours. Aucune nouvelle date n’est fixée. Mais, à Saint-Nazaire, on s’attend à ce que les Chantiers de l’Atlantique restent nationalisés un certain temps, l’Europe ayant choisi de mener une enquête approfondie, craignant que ce mariage (qui ne ferait exister que deux producteurs de paquebots en Europe contre trois actuellement) pose un problème de concurrence. En 2019, l’Europe avait mis son veto au rachat d’Alstom par Siemens pour les mêmes raisons. À l’heure où la France s’interroge quant aux moyens de recouvrer son autonomie productive, garder ses fleurons industriels et développer une production sur le territoire national devient un enjeu majeur.

     

À la mi-mars, la fermeture des Chantiers avait fait l’objet de vives tensions. Pas question, cette fois, de faire de vagues. « Ce redémarrage ne peut se faire que de manière extrêmement cadrée et contrôlée », a réagi la déléguée syndicale CFDT Frédérique Journe à la lecture du plan de reprise d’activité présenté le 17 avril lors d’un second CSE. Les 40 pages du document détaillent les conditions de reprise et l’ensemble des aménagements nécessaires à un redémarrage partiel de l’activité, qui ne sera possible que « sur la base du volontariat » et « sous réserve de la disponibilité des protections adaptées », précise le texte. Parallèlement, vestiaires et sanitaires seront réorganisés pour permettre le respect de la distanciation sociale, et les embauches étalées afin d’éviter que trop de salariés ne se croisent au moment des prises de poste. Du côté des contrôles, le CSSCT sera pleinement mobilisé et un comité de suivi permettra de faire quotidiennement le point. « Il s’agit d’un test grandeur nature qui doit aussi nous permettre de voir ce qu’il est possible de mettre en place à partir du 11 mai et ce qu’il faudra corriger », affirme Frédérique Journe. Le plan de reprise ne fera pas l’objet d’un accord en tant que tel, mais l’avis des organisations syndicales a néanmoins été sollicité. Au-delà des questions encore en suspens – pour lesquelles la CFDT a demandé des précisions –, l’approbation de ce plan dépendra surtout de l’adhésion des salariés.

Depuis le 19 mars, le site de construction navale est partiellement à l’arrêt, avec la fermeture des ateliers et l’interruption des travaux à bord des paquebots. Un accord paraphé au début avril par la CFDT la CFE-CGC (50 % de représentativité à elles deux) a permis d’encadrer le dispositif d’activité partielle en deux temps. D’abord, en choisissant de recourir aux jours de repos et de congés en fonction des disponibilités de chacun. Concrètement, les jours RTT employeurs, reliquats de congés payés et jours de récupération d’heures supplémentaires ont été privilégiés dans un premier temps, explique la CFDT. « Le but était que le chômage partiel intervienne le plus tard possible afin de limiter l’impact financier subi par les salariés », résume Christophe Morel, élu CSE. Depuis le 20 avril, l’accord fixe en effet un jour de congé pour quatre jours d’activité partielle et réduit la fermeture estivale de l’entreprise à deux semaines en août contre trois habituellement. Une manière de se projeter dans les mois à venir, poursuit Frédérique Journe. « Si pour l’instant nous n’avons eu aucune annulation de commandes ou renoncement, la question des options mises par nos clients sur tel ou tel navire dans quelques mois reste entière. » Surtout, l’accord intègre les primes de quart et de conditions de travail, qui constituent une partie non négligeable du salaire de nombreux salariés.

Une moindre perte de salaire

« En se contentant de l’indemnité de l’État basée sur le salaire horaire effectif, on arrivait à une perte de salaire de l’ordre de 45 % pour un certain nombre d’ouvriers. Avec ce changement d’assiette de calcul, on arrive à 85 % du salaire net habituel, auquel nous avons ajouté la possibilité de monétiser un certain nombre de jours (CET, ancienneté, récupération) pour permettre aux salariés de compléter dans le temps leur chômage partiel. » L’évolution de la situation est observée de près par l’État, actionnaire à 84,3 % des Chantiers. Dès que possible, et dans le strict respect des conditions de sécurité sanitaire, il s’agira de faire repartir la production de ce fleuron industriel dont le carnet de commandes, qui garantissait le plein-emploi pendant une décennie, fait plus d’un envieux dans la période.

aballe@cfdt.fr

photo JC Moschetti / Réa