Covid-19 : Scania prête ses salariés pour fabriquer des masques… tout en préparant la reprise

Publié le 21/04/2020

Constructeur de poids lourds haut de gamme, Scania est à l’arrêt. En attendant la reprise, avec l'accord des représentants du personnel, quatre salariés volontaires d’Angers ont prêté main-forte à l’entreprise voisine en surcharge, l’une des rares PME française qui fabrique des masques médicaux.

Covid WebJamais le prêt de main-d’œuvre n’aura eu autant de sens. D’un côté, Scania, usine angevine d’assemblage de poids lourds appartenant à un groupe suédois. De l’autre, Kolmi-Hopen, fournisseur de masques médicaux et autres matériels jetables destinés aux soignants. La première emploie près de 800 salariés, dont la quasi-totalité est au chômage partiel. Le second tourne habituellement avec une centaine de salariés, mais doit aujourd’hui faire face à l’explosion de la demande, son activité étant subitement devenue essentielle pour le pays. Quoi de plus naturel que les compétences inutilisées de l’une puissent être profitables à l’autre… Ainsi, depuis plus d’une semaine, quatre salariés de Scania sont prêtés à Kolmi-Hopen. Deux dans la maintenance des machines et deux managers chargés d’améliorer les process au sein d’une entreprise qui a nettement accru sa production et doit donc se réorganiser en urgence…

Un coup de main rapidement organisé

     


La reprise dans les meilleures conditions possible

Cyril Duval, dont le profil n’a finalement pas été retenu pour faire partie des salariés prêtés, est malgré tout investi d’une mission importante : veiller à ce que la reprise de ses collègues se fasse dans des conditions optimales. « Nous l’affirmons depuis le début de cette crise, conclut-il. Nous serons intraitables sur la santé et la sécurité des salariés tout en soutenant les entreprises qui souhaitent relancer la production. Nos usines doivent être le moins fragilisées possible. »

     

Les premiers retours reçus par Scania font état de salariés heureux, ravis d’avoir été « très bien accueillis » par leur nouvelle entreprise. « Tout est allé très vite, raconte Karine Desgages, responsable des ressources humaines de Scania. Nous avons été contactés par Angers Loire Développement (Aldev), l’agence publique chargée du développement économique de la métropole, qui disposait d’une liste de postes dont Kolmi-Hopen avait besoin en urgence. De notre côté, nous avions mis en place un système de SMS pour rester en contact avec nos salariés pendant le confinement. Les élus du personnel étant d’accord, nous avons pu faire un appel à candidatures en interne. »

En quelques jours, pas moins de 48 salariés se sont portés volontaires pour prêter main-forte dans l’usine voisine, dont Cyril Duval, délégué syndical CFDT et secrétaire du Syndicat des métaux du Maine-et-Loire : « Nous étions beaucoup à vouloir y aller. Pour certains, c’était une raison économique car nous avons une perte de salaire avec le chômage partiel ; d’autres avaient envie d’être actifs, de faire une mission qui a du sens plutôt que de rester confinés à domicile. C’était mon cas, d’autant que nous savions qu’il n’y avait pas de risque à aller travailler, que toutes les mesures de sécurité étaient prises. J’ai donc rapidement validé le principe au nom de la CFDT, assuré la direction de notre soutien au dispositif et postulé à titre personnel. »

Finalement, la plupart des emplois ont pu être pourvus en passant par Pôle emploi, notamment les caristes et les opérateurs. Seuls quatre profils très spécifiques ont été retenus chez Scania. « Le choix s’est fait très naturellement. Parmi les quatre salariés, certains avaient déjà travaillé chez Kolmi-Hopen et connaissaient les machines dont ils allaient assurer la maintenance, souligne Karine Desgages. Pour les postes de manager, nous avons privilégié les plus jeunes. À la fois parce que nous savions qu’ils vivaient en appartement avec un confinement susceptible d’être plus difficile à vivre que d’autres et surtout parce qu’ils allaient coûter moins cher à l’entreprise Kolmi-Hopen. »

La spécificité du prêt de main-d’œuvre est qu’il est à coût nul obligatoirement. Il ne peut y avoir de gain pour l’une ou l’autre des parties. Scania est obligée de facturer la totalité du salaire à l’entreprise qui accueille ses salariés. « Pour nous, il s’agissait d’une démarche citoyenne, souligne la DRH. Nous aurions été prêts à assumer une partie des coûts mais la loi nous contraint. C’est un des seuls bémols de ce dispositif de prêt. Il pourrait être encore plus souple car certaines entreprises qui ont aujourd’hui des besoins pourraient ne pas y avoir recours si les salaires ne correspondent pas. »

Pour l’entreprise qui prête comme pour celle qui accueille, la difficulté vient aussi du fait que le dispositif est forcément à durée déterminée et que, dans le cas présent, il est difficile de s’engager sur des dates précises. Autant Kolmi-Hopen sait que son activité va rester en surchauffe pendant plusieurs mois, autant Scania espère redémarrer le plus rapidement possible, même sans savoir précisément quand l’entreprise aura besoin de l’ensemble de ses salariés. « Au début du confinement, la décision d’arrêter était une évidence, explique Karine Desgages. Nous n’étions pas prêts en termes d’organisation pour pouvoir assurer la production dans des conditions de sécurité optimales. Mais notre objectif est de relancer la production le plus rapidement possible. Nous sommes en train de nous y préparer et nous aurons alors besoin des salariés – même si cela risque de se faire progressivement, avec une organisation adaptée à la situation sanitaire. »

jcitron@cfdt.fr 

La reprise dans les meilleures conditions possible

Cyril Duval, dont le profil n’a finalement pas été retenu pour faire partie des salariés prêtés, est malgré tout investi d’une mission importante : veiller à ce que la reprise de ses collègues se fasse dans des conditions optimales. « Nous l’affirmons depuis le début de cette crise, conclut-il. Nous serons intraitables sur la santé et la sécurité des salariés tout en soutenant les entreprises qui souhaitent relancer la production. Nos usines doivent être le moins fragilisées possible. »