Covid-19 : Les usines Renault en plein audit sanitaire

Publié le 27/04/2020

À l’arrêt, les vingt sites du constructeur font l’objet d’un audit sanitaire pour préparer la reprise. Sous l’impulsion de la CFDT, un dialogue social de proximité s’organise afin de répondre, usine par usine, à toutes les questions soulevées dans la période.

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Avec 36 000 salariés en France et une longue tradition de dialogue social, Renault fait partie des entreprises dont la moindre décision, le moindre accord sont scrutés à la loupe. Par sa taille et son chiffre d’affaires, le constructeur pèse en effet sur toute la filière automobile, qui compte une multitude d’entreprises sous-traitantes. À l’arrêt depuis le début du confinement, comme l’ensemble du secteur, le groupe est en pleine réflexion sur la sortie de crise et semble s’orienter vers des négociations par site sous l’impulsion de la CFDT (23 %), deuxième organisation syndicale (derrière la CFE-CGC, à 32 %). Une stratégie très intéressante dans la période qui met en lumière l’importance d’un dialogue social organisé au plus près de l’activité.

La signature d’un vrai accord de crise avec la direction

« La première discussion avec la direction a été particulièrement tendue, voire provocante, reconnaît Franck Daoût, délégué syndical central CFDT. Alors que nous nous apprêtions à être confinés, elle refusait d’aborder la question sanitaire. Fort heureusement, son positionnement a très vite changé et nous avons pu signer quelques jours plus tard un véritable accord de crise. » Dans ce texte, Renault s’engage à ne procéder à aucun licenciement et à rémunérer les salariés à 100 % (prime comprise), quelle que soit leur activité. Aujourd’hui, 1 000 personnes ont encore un travail à plein temps. Les autres sont en chômage partiel total (la production) ou à mi-temps (principalement en Île-de-France, région qui comprend l’ingénierie et le tertiaire). En contrepartie, les salariés posent un jour de congé tous les quatre jours travaillés qui est placé dans un fonds de solidarité permettant de maintenir le niveau des salaires. « Cet accord n’a pas été difficile à obtenir, assure Franck. Le chômage partiel est un mécanisme assez courant dans l’automobile, une activité cyclique, et nous avons depuis longtemps ce fonds de solidarité. »

Une fois cette question réglée, les discussions ont pu reprendre au sujet de l’activité proprement dite. Il a tout d’abord été décidé de mener une phase de travail sur la situation sanitaire, en prévision d’une réponse à un audit, dans chacun des sites du groupe (à l’échelle mondiale). Dans les « commissions » chargées de ce travail, les organisations syndicales représentatives à l’échelon local sont représentées ainsi que la direction et la médecine du travail. Leur rôle est d’identifier toutes les difficultés qu’entraîne l’application des mesures de protection (hygiène, distanciation sociale, etc.). « Nous sommes encore en plein dans cette phase d’audit, explique Franck. Certains sites jouent le jeu et les discussions avancent, d’autres sont plus problématiques. La période montre à quel point la qualité du dialogue social est primordiale. C’est bien entendu les sites qui posaient déjà des problèmes auparavant qui n’arrivent pas aujourd’hui à avoir une réflexion commune constructive. »

Alors que le Président a annoncé la fin du confinement le 11 mai prochain et que les pouvoirs publics mettent clairement la pression sur les industriels afin qu’ils redémarrent au plus vite leur activité, la CFDT de Renault se refuse pour le moment à engager des discussions très poussées sur la reprise d’activité. « Pour nous, il est important de ne pas mettre la charrue devant les bœufs, insiste Franck. Nous souhaitons mener à bien cette phase de diagnostic. C’est un préalable avant de réfléchir concrètement à toutes les questions qui se posent sur l’organisation du travail, de décider quelle usine devra repartir en premier, des cadences et du nombre de salariés mobilisés dans un premier temps ou encore de la montée en charge, etc. »

L’idée d’un dialogue social local défendue par la CFDT

Outre les discussions au niveau national, les militants CFDT défendent l’idée d’un dialogue social local sur l’activité tant les problématiques sont très différentes d’un site à l’autre. Ils s’opposent à ce qu’une décision de la direction nationale puisse déterminer dans quelles conditions le travail recommencerait. « Nous croyons fermement à ce dialogue décentralisé mais il faut souligner que ce n’est pas une position facile pour les équipes militantes, prévient Franck Daoût. Cette approche donne du poids à notre syndicalisme de terrain mais fait aussi peser une responsabilité parfois délicate sur les sections quand elles sont confrontées à d’autres organisations syndicales qui refusent de se mouiller, qui préfèrent s’opposer systématiquement ou s’abstenir au moment du vote pour être sûres de ne pouvoir être accusées de quoi que ce soit. »

Quand l’activité repartira, les militants CFDT craignent donc certaines tensions, d’autant que la concurrence syndicale est rude dans l’entreprise, et dépasse souvent les bornes acceptables de la démocratie interne. « Il faudra faire très attention à ce que les directions prennent leurs responsabilités. Ce sont elles qui sont responsables de la sécurité de leurs salariés et ce sont elles qui décideront in fine de la reprise de l’activité. Elles ne devront pas instrumentaliser les organisations syndicales comme la CFDT, qui prône le dialogue et le compromis pour défendre l’intérêt des salariés. »

jcitron@cfdt.fr

photo Réa