Covid-19 : Comment Pôle emploi se prépare à la reprise

Publié le 22/05/2020

Dans les 900 agences que compte l’opérateur public de l’emploi, depuis début mai on prépare l’aménagement des sites, en vue d’une réouverture progressive au public à compter du 18 mai. Dans quelles conditions ? Comment sont impliqués les représentants du personnel ? Reportage à Chaumont et Nantes.

« C’est comme un saut dans le vide qu’on essayerait de sécuriser avec le maximum d’élastiques. » Au moyen d’une telle métaphore, Audrey, conseillère Pôle emploi de la banlieue nantaise, traduit la crainte d’un certain nombre d’agents de Pôle emploi liée à la perspective d’un retour trop rapide à une activité normale. « Le matériel est là. Mais l’information, elle, n’est pas toujours très claire. » Fermées depuis le 23 mars, les 900 agences de l’opérateur public de l’emploi se préparent à la réouverture depuis déjà plusieurs jours. Les grandes lignes du plan de reprise d’activité, présentées au début mai par la direction générale, ont depuis été soumises au comité social et économique (CSE) pour avis. Le document stipule notamment que la semaine du 11 mai devait être consacrée à la préparation de la réouverture des sites avec « des équipes chargées de définir l’aménagement des espaces communs et de ceux pouvant accueillir du public, ou encore le nombre maximal de collaborateurs et d’usagers pouvant être simultanément prévus en agence », précise les élus CFDT. Le tout avant une ouverture progressive au public à partir du 18 mai.

Des mouvements massifs de demandeurs d’emploi à éviter

À Chaumont (Haute-Marne), Carole Merle, conseillère et déléguée syndicale, fait partie de ces équipes volontaires sur le pont depuis le 11 mai. Après quelques jours passés à aménager la circulation avec un marquage au sol des plus scrupuleux et à installer le matériel (gel omniprésent et vitres en Plexiglas dans les bureaux), elle espère n’avoir rien oublié. « Toute cette semaine, nos collègues ont eu la possibilité de nous remonter leurs interrogations et leurs idées quant aux conditions d’aménagement du site. Et, en parallèle, nous avons continué d’informer les demandeurs d’emploi que nous suivons par SMS ou téléphone sur les conditions d’ouverture qui seront, dans un premier temps, très limitées. » Ne serait-ce que pour éviter, comme ce fut le cas le 11 mai sur le site voisin d’Épernay (Marne), un afflux de personnes devant les grilles de l’agence dès 8 h 30. À Chaumont, seuls 8 agents sur les 38 que compte l’agence seront présents la première quinzaine de la reprise d’activité. Tous sont volontaires. Mais elle le sait : pour d’autres sites, le climat est encore anxiogène. « La présence sur site par rotation telle qu’envisagée par la direction à partir du 18 mai met mal à l’aise les agents dont certains ne sont pas rassurés à l’idée de revenir », confirme Sandrine, qui préconise, au nom de la CFDT, un plan de reprise d’activité en trois phases : une ouverture sans public prolongée au-delà du 18 mai puis, au début juin, une reprise de l’accueil sur rendez-vous uniquement (sauf situations d’urgence afférentes à l’indemnisation, par exemple) et un retour des entretiens physiques entre conseillers et demandeurs d’emploi au début juillet.

Une consultation des instances à la dernière minute

Comme tout plan national destiné à être déployé sur le terrain, le plan de reprise de Pôle emploi fait naturellement l’objet d’âpres discussions. Côté direction, on l’assure : la reprise sera progressive et tiendra compte des capacités opérationnelles et des ressources humaines de chaque site. Côté syndical, en revanche, on déplore que l’annonce d’une réouverture au public dès le 18 mai ait été faite alors même que ni le CSE ni le CSE central n’ont rendu leur avis (respectivement prévus le 14 et le 15 mai). « Au terme d'une longue réunion, la CFDT, la CGC et le Snap ont décidé de voter pour le plan de reprise », précise Sandrine Étienne, déléguée syndicale centrale. Qu’on ne s’y trompe pas, le dialogue social existe chez Pole emploi. « Mais, dans le contexte particulier que nous connaissons, nous avons dû batailler pour pouvoir amender le projet de la direction générale et discuter des arêtes de ce plan au niveau local. Or nous savons que selon les territoires, et la couleur des zones dans lesquelles se trouvent nos agences, les élus syndicaux locaux ont un rôle central à jouer. » Raison pour laquelle la CFDT a insisté pour que les représentants de proximité soient associés aux différents collectifs des référents sanitaires dans toute cette phase préparatoire. « Nous avons établi une liste de mesures où sont répertoriées toutes les précautions nécessaires à un accueil dans de bonnes conditions, et dont le respect total sera la condition de notre feu vert à une reprise dans chacun des sites. »

Des agents partagés entre télétravail et présentiel

En Loire-Atlantique, la direction territoriale a confirmé que l’ensemble des agences seraient rouvertes le 18 mai. Mais, localement, la participation des salariés est plus ou moins active. À Nantes, les agents ont pu se rendre sur place pour vérifier les mesures sanitaires et les aménagements mis en place dans leur agence avant de choisir de reprendre ou non leur activité. Conseiller indemnisation à Nantes, Sébastien effectuait jusque-là son activité en télétravail, comme 28 000 de ses collègues. Il a fait le choix de revenir en présentiel. « Notre capacité maximale est de 25 agents sur une cinquantaine, en règle générale. Mais il ne s’agit pas d’un objectif à atteindre. » Sur ce point, la CFDT veille.

aballe@cfdt.fr