Covid-19 : Aqualande poursuit son activité en mode sécurité

Publié le 05/05/2020

Le groupe français spécialisé dans la truite fumée, qui n’a pas fermé un seul jour, a revu son fonctionnement pour assurer la sécurité des 650 salariés. La CFDT, seule organisation syndicale, participe depuis le début à cette transformation menée au pas de charge.

Il n’y aura pas de pénurie de truite fumée dans les supermarchés ! Acteur archidominant du secteur avec 75 % de part de marché en France, le groupe Aqualande fait partie de ces entreprises de l’agroalimentaire qui poursuivent leur activité et assurent depuis le début de la crise l’approvisionnement des grandes surfaces. Basée à Roquefort dans les Landes – une région peu touchée par le Covid-19 –, cette entreprise a toutefois dû se réinventer en quelques jours pour faire face au virus.

« Il n’a jamais été question de cesser l’activité. En revanche, il était exclu de faire prendre des risques aux 600 salariés qui assurent la production », résume la déléguée syndicale CFDT Sylvie Spelat. Pendant ses vingt ans de militantisme, cette femme énergique est parvenue à imposer dans le groupe un dialogue social exemplaire, qui se révèle précieux en période de crise.

Plan de continuité de l’activité et comité de crise

Avant le confinement, l’entreprise a établi un plan de continuité de l’activité (PCA) et a mis sur pied un comité de crise chargé de piloter les transformations, en accordant une grande place à la CFDT – notamment à la déléguée syndicale, qui connaît parfaitement les contraintes des lignes de production. Tout en maintenant l’activité, l’entreprise a su réagir très rapidement en informant les salariés sur les risques, en recensant les personnes devant rester chez elles pour garde d’enfants (62 personnes) ou parce que considérées à risque (28 personnes), en organisant le télétravail des administratifs (30 personnes) et, bien entendu, en repensant toute l’organisation de la production. Comme les masques avaient été réquisitionnés, l’urgence a d’abord été de trouver une solution en employant bandana et essuie-tout, que les salariés devaient s’enrouler autour de la tête (ils ont de vrais masques depuis quelque temps) et en mettant à disposition du gel hydroalcoolique partout dans l’usine. Sur les chaînes, le pointage au moment de la pause a été suspendu pour éviter les regroupements. Les temps de pause ont d’ailleurs été décalés afin d’éviter que tous s’arrêtent en même temps. Cette décision a également permis de ménager plus d’espace dans les salles de repos, où un marquage spécial a été apposé afin d’éviter les rapprochements. L’organisation des vestiaires a aussi été revue pour limiter les croisements.

L’objectif de toutes ces mesures se révèle aussi simple que leur mise en œuvre est compliquée : faire en sorte que tout le monde puisse venir travailler en respectant la distanciation sociale. Les salariés travaillant en deux équipes (de 5 heures à 12 h 30 et de 13 à 21 heures), le problème de la restauration ne s’est pas posé, car chaque salarié avait déjà l’habitude d’apporter son casse-croûte. Et, petit geste, la direction a mis les boissons chaudes en accès gratuit. « On ne peut pas dire que tout a été parfait du jour au lendemain, souligne Sylvie. Il a fallu une bonne semaine pour affiner. Au début, nous faisions chaque jour le point pour améliorer le dispositif. Il a fallu revoir les postes de travail, avec des distances suffisantes entre eux, généraliser le port des visières, fluidifier l’accueil, mais la direction a joué le jeu sans mettre une pression de dingue sur la production. »

De fait, la gamme de produits a été simplifiée (afin d’éviter de trop nombreuses opérations) et la vitesse des lignes, ralentie. La productivité a ainsi baissé de 20 %. « Comme nous avons beaucoup d’absents, c’est à la fois plus simple pour assurer les distances de sécurité et plus compliqué pour assurer la production car la demande n’a pas réellement baissé », analyse Sylvie. Le comité de crise est donc en train de préparer le retour des salariés aujourd’hui arrêtés en imaginant la mise en place de barrières en Plexiglas, puisqu’il sera impossible de maintenir les distances nécessaires sur la chaîne avec 100 % de l’effectif. « Dans les premiers jours, la difficulté a été de faire prendre conscience aux salariés de l’importance d’éviter les contacts, se souvient Sylvie. Beaucoup avaient tendance à respecter les règles dans les ateliers mais à discuter en groupe sur le parking à la fin de leur journée de travail. Heureusement, cela n’a pas duré. Comme tous les Français, ils ont vite compris la gravité de la maladie. »

Des salariés rassurés (et contents) de venir travailler

Parce que le département des Landes est peu touché, parce que les règles mises en place montrent que la direction et les élus du personnel ont énormément travaillé sur le volet sécurité, et certainement parce que la question de rester chez soi ne se posait pas, les salariés répondent présents sans crispation visible, analyse la déléguée syndicale. « Les gens sont plutôt contents de venir travailler, de ne pas rester confinés. Les élus et adhérents [ils représentent 15 % des salariés de l’entreprise] ne font pas remonter de signes de mécontentement. De plus, une prime de 300 euros a été accordée, ce qui a évidemment été apprécié. » Seul regret de l’équipe CFDT : l’entreprise envisageait de recruter, au début mars, 150 nouvelles personnes en CDD pour six mois… Cette décision a été repoussée à la mi-mai avec des contrats qui seront plus courts.

jcitron@cfdt.fr